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Une vie chère certes,
mais qui reste à la portée des politiciens à bas prix !


« A bas la vie chère »! Si le slogan peut séduire, il en devient tout de même très rapidement suspect.

Au Burkina Faso, en France, en Asie (à l’exception de la Chine de Pékin où l’on meurt de faim en silence sans avoir attendu la crise alimentaire mondiale), en Egypte, aux Philippines, aux USA où on oublie que plus de 30% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (17% avoués !), les dernières marches « apolitiques » et autres grèves générales ont malheureusement confirmé cette appréhension.
A l’heure de la globalisation, qui peut décemment penser que la récente flambée des prix qui affecte l’ensemble du monde, et donc l’Afrique de l’Ouest, n’est pas la conséquence directe d’une profonde crise internationale ?
Si la crise de la vie chère est liée à la mauvaise gouvernance politique et économique des états du Nord ou du Sud, cela voudrait dire que la mauvaise gouvernance est universelle !

Sans vouloir aucunement minimiser la crise actuelle n’oublions pas que l’année dernière déjà, dans une relative indifférence parce que la flambée des prix n’affectait pas encore le « Nord », un enfant de moins de 1 ans mourrait toutes les 5 secondes et que près de 900 millions de personnes étaient gravement sous alimentées au Sud!

Les déclarations, stupéfiantes d’impuissance, des dirigeants du FMI le 13 avril, soulignant que l'augmentation du prix des denrées alimentaires menaçait la capacité des Nations Unies à nourrir près de 73 millions de personnes, viennent confirmer le caractère international de cette crise qui ne fait que commencer.
L'ONU s'est vue obligée d'augmenter le budget du Programme alimentaire mondial (PAM) de 500 millions de dollars cette année et son budget est passé de 2900 à 3 400 millions de dollars ?

Coïncidence, ironique et cruelle, c’est à peu de chose près le même montant que le coût de la guerre en Irak, estimé par le « Prix Nobel » d’économie Joseph Stiglitz qui vient juste de co-publier avec Linda Bilmes, professeur à Harvard, un ouvrage sur ce sujet.
Un jour, j’en suis certain, nos frères américains sauront se remémorer cette belle déclaration, en 1953, le 16 avril, d’un de leur grand Président Dwight D. Eisenhower : "Chaque arme à feu qui est faite, chaque vaisseau de guerre lancé, chaque fusée tirée, signifie au final un vol de ce qui devrait aller à ceux qui ont faim et ne sont pas nourris, à ceux qui ont froid et ne sont pas habillés."

Si l’on ajoute à cela que ces même Etats-Unis viennent de voter 6 milliards de subventions pour la mise en place d’une politique de biocarburant qui retirera près de 150 millions de tonnes de maïs du marché alimentaire...

Mauvaise gouvernance africaine disiez-vous ?
Les économies africaines seraient-elles, à elles seules capables, en trois mois, de faire flamber les cours mondiaux du riz de plus de 50% et des céréales de près de 90% ?

Très concrètement, le saccage de vitrines ou les dégradations de toutes natures n’ont jamais fait baisser le prix des denrées élémentaires…
Le phénomène n’est pas nouveau, et le goût bien agréable de la posture refait ponctuellement surface dans la vie des démocraties. Quelle aubaine, il sert de marchepied aux ambitions inavouées !

C’est ainsi que cette « vie chère » est devenue, au fil des semaines, un concept creux, dans la mesure où il a été vidé de sa substance qui demeure légitime.

Si on prend le cas du Burkina Faso, les initiatives de Tertius Zongo, demandant à l’Etat de renoncer à la perception des taxes douanières sur les produits de grande consommation, représentent un effort colossal quand on sait ce que la fiscalité apporte aux caisses du Faso.
Malgré la satisfaction de certaines doléances, et la prédisposition à l’examen des questions d’augmentations salariales ou d’abandon de la TVA sur les prêts bancaires, on peut légitimement s’interroger sur l’attitude de ceux qui refusent, voire empêchent tout dialogue.

En somme, cette situation est révélatrice d’une précarité parfois plus intellectuelle qu’alimentaire de certains politiques.
Chacun le sait, le populisme se nourrit des ressentiments, des non-dits et de la suspicion.

En réalité, sur le plan international, derrière les contestations de circonstance, se concocte, dans la coulisse, une bien opportune « tambouille » politique… Les procès d’intention ont fait long feu !

Le drame c’est qu’au Burkina Faso, ils coûtent beaucoup plus chers qu’ailleurs !


Jean R. Guion
Président du CISAB


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