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LA PROFONDEUR DES SOLS FERRUGINEUX TROPICAUX AU BURKINA
LEUR FERTILITE (CARACTERISTIQUES PHYSIQUES)


LA PROFONDEUR DES SOLS FERRUGINEUX TROPICAUX AU BURKINA
LEUR FERTILITE (CARACTERISTIQUES PHYSIQUES)
Par Henri Voron, Ingénieur Agronome, Ingénieur en Chef du GREF

De nombreux lecteurs ont apprécié la récente analyse et les propos de notre ami Henri Voron, Ingénieur Agronome, Ingénieur en Chef du GREF, publiés dans un récent BFI. Il nous fait l’honneur de « récidiver » et nous sommes à nouveaux heureux de pouvoir le publier.henri Voron est également conférencier à l'institut de l'eau de Ouagadougou (i2e)


Rappel : la définition du sol :

On appelle sol toute formation meuble de surface résultant de la dégradation de la roche mère sous l’action du climat et de la végétation.

A quelle profondeur est la roche mère (le granit) dans les sols ferrugineux tropicaux du Burkina ?

Environ 20 mètres. C’est la qu’on trouve un horizon d’altérite, c'est-à-dire l’horizon où le granite est en voie de décomposition. Cette décomposition se fait dans l’eau, qui apporte l’oxygène nécessaire à cette opération. La nappe phréatique des altérites (de faible profondeur 1 à 2 m) est exploitée par les puits traditionnels. Les puisatiers s’arrêtent quand le granite devient trop dur. De plus, ils ne peuvent pas travailler dans l’eau. Exploitant une faible auteur de nappe, les puits traditionnels peuvent être vulnérables à la baisse de cette nappe, conjoncturelle (fin de saison sèche) ou structurelle (variations interannuelles de la pluviométrie). Les forages descendent plus profondément dans les « aquifères de socle ».

L’horizon de surface en savane burkinabè.

Certains pédologues l’appellent « l’apumite » car c’est un horizon plus sableux, appauvri (sous-entendu en argile) et humifère, donc de couleur plus grise. Pour le complexe argilo-humique, la baisse du taux d’argile est compensée, pour partie, par l’humus. Cet horizon fait environ 20 cm. Il est facile à travailler avec des outils légers (dabas, traction attelée).

L’horizon intermédiaire

Entre altérite au fond et apumite en surface, on trouve 20 mètres de « latérite », que certains pédologues appellent le « structichron » car il est à la fois structuré (il forme des « grumeaux » stables) et coloré (en rouge, bien entendu).

C’est une formation 100 % pédologique. La couleur rouge indique une bonne oxydation, donc un bon drainage. La texture, c'est-à-dire la granulométrie est en gros un tiers d’argile, un tiers de limon, un tiers de sable, soit la texture optimale. La structure et la stabilité structurale sont bonnes grâce à la bonne teneur en argile. Ce ne sont pas des sols « battants », ni trop argileux. Le « coffre fort » qui doit stocker l’eau et les sels minéraux est excellent. Or c’est la qualité du coffre fort qui fait la qualité du sol. Le sol est d’abord un support physique.

Les autres composantes de la fertilité physique au Burkina

- relief plat, d’où problèmes d’érosion faibles à nuls
- pas de cailloux sauf exception (zones cuirassées localisées, qui sont elles aussi des formations pédologiques et non géologiques)
- éléments fertilisants en quantité suffisante pour la végétation naturelle ou pour l’agriculture extensive, pauvre, sans intrant (700 kg de céréales à l’hectare).

L’exemple du Brésil

Le Brésil est devenu une très grosse puissance agricole, essentiellement sur sols ferrugineux tropicaux. Les rendements en maïs atteignent des sommets (10 t/hectare). Idem pour la cane à sucre (100 tonnes de matière verte à l’hectare, 10 tonnes de sucre). Bien entendu, de tels rendements supposent l’apport de phosphore, de potassium, d’azote, et d’oligo-éléments.

Conclusion

Les sols ferrugineux tropicaux ont de grandes potentialités agronomiques. La fourchette de pluviométrie qui permet leur formation se situe entre 500 à 1 500 mm par an. Au-delà de 1 500 mm on trouve les sols ferralitiques (sous la forêt équatoriale) qui sont pauvres. Toute l’argile a été lessivée. Vers le sahel, les sols sont peu évolués, souvent sableux, par insuffisante de la pluviométrie pour « bien » dégrader la roche mère.

Au Burkina, comme dans toute la savane africaine, les potentialités des sols sont importantes. Ce ne sont pas les sols qui sont pauvres, mais les paysans ; L’apport d’éléments fertilisants est évidemment indispensable pour intensifier cette agriculture et accroître les rendements (ce qui permettra de limiter le nombre d’hectares à défricher pour suivre la demande alimentaire). Le « coffre fort » pour stocker ces éléments fertilisants est bon, et c’est l’essentiel. Est également nécessaire une mécanisation plus lourde, pour travailler le sol plus souvent, et sur une plus grande profondeur (ce qui permet de remonter un peu d’argile du « structichron » dans « l’apumite » et donc d’améliorer la texture, la teneur en argile, et par conséquence la structure et la stabilité structurale (formation de grumeaux résistants à la pluie et favorisant la pénétration de l’eau dans le sol).

La notion de « mince couche arable » qui serait « vulnérable », que les paysans pourraient « dégrader » n’a absolument aucun sens. C’est une contre-vérité, malheureusement très commune dans les médias et l’opinion occidentaux. Les sols du Burkina ne se « dégradent » pas. En témoignent les constants progrès de la production globale et des rendements à l’hectare.

C’est aux agronomes qu’il revient d’expliquer que agriculture pauvre ne veut pas dire sol « pauvre ». C’est aussi aux agronomes de lutter contre la confusion entre l’aridité (qui est une notion climatique : certains climats sont arides), mais qu’il n’y a pas de sols « arides »… C’est enfin à eux d’informer et d’expliquer qu’il pleut autant à Ouagadougou qu’à Paris ou à Lyon, et plus qu’à Colmar…. Même si toutes les pluies tombent en quatre ou cinq mois (ce qui ne présentent pas que des inconvénients).




pj

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