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Aléas climatiques au Burkina Faso


Aléas climatiques au Burkina Faso
Par Henri Voron

Tous les paramètres climatiques de tous les climats du monde sont des variables aléatoires (pluviométrie, températures, vents, ensoleillement, etc…..)

Tous les climats du monde résultent d’interactions infiniment complexes entre rayonnement soleil, pluies, évaporation, nuages, vents, influence des océans, de la circulation atmosphérique en haute altitude, etc…. C’est la raison pour laquelle tous les paramètres du climat, dans tous les climats du monde sont des variables aléatoires.

C’est le cas de la pluviométrie annuelle. En France, elle se situe aux environs de 750 mm (exactement comme à Ouagadougou) mais elle change d’une année sur l’autre. Les années 1923 et 1976, notamment, ont été exceptionnellement sèches. Les hivers 1956 et 1963 ont été très rigoureux….

On définit donc, comme pour de très nombreuses séries statistiques de données (et pas seulement en météo), une pluviométrie moyenne et un écart type qui mesure les écarts moyens à la moyenne.
Cette notion d’écart type est essentielle car elle donne une indication fondamentale sur la tendance de la série statistique à s’écarter peu ou beaucoup de la moyenne.

En France, comme à Ouagadougou, l’écart type de la pluviométrie peut être estimé à 150 mm. Cela signifie que les deux tiers des pluviométries observées sur un siècle sont dans la fourchette moyenne plus écart type et moyenne moins écart type. Soit entre 600 et 900 mm. C’est un écart type « normal » ou moyen. Les probabilités d’occurrence d’années sèches ou humides sont symétriques par rapport à la moyenne. C’est la loi de Gauss, ou Laplace Gauss qui régit l’immense majorité des variables aléatoires climatiques (ou non climatiques). La densité de probabilité forme une belle courbe en cloche, symétrique par rapport à la moyenne. Cette loi de probabilité est tellement courante qu’on l’appelle la loi « normale ».

Après 50 ou 100 ans d’observation, les paramètres de la répartition gaussienne des pluies sont donc bien connus.

Ces paramètres permettent de déterminer la valeur de la pluviométrie selon différentes fréquences d’occurrence. On définit la pluie décennale sèche, comme celle qui est atteinte ou dépassée 9 années sur 10. A l’opposé, on définit la pluie décennale humide comme celle qui est atteinte ou dépassée une année sur 10, etc…
Avec sa pluie exceptionnelle de 263 mm le 1er septembre à Ouagadougou, l’année 2009 sera probablement à classer dans l’année centennale humide (atteinte ou dépassée une fois par siècle en probabilité, ou 10 fois tous les mille ans en probabilité) ; voire plus….

La bonne connaissance des lois de probabilité de la pluviométrie ne permet pas de prévoir si la prochaine saison des pluies sera moyenne, sèche ou humide ! Par ailleurs, le caractère aléatoire n’interdit pas des séquences d’années sèches ou humides…. A pile ou face, on n’a qu’un peu plus d’une chance sur cent d’avoir 6 fois pile de suite ou 6 fois face de suite, mais cela peut arriver…. La succession d’années sèches, puis d’années humides avait déjà été prévue par Moïse, qui a donc conseillé à son Pharaon de faire des stocks en conséquence… Depuis 4 000 ou 5 000 ans tout cela ést bien connu des Egyptiens.

La pluviométrie en zone de savane de l’Afrique de l’ouest est tout à fait « normale », dans les deux sens du mot normal. Ses variations sont normales, naturelles et de plus, elles suivent une loi normale, c'est-à-dire la loi de Gauss.

Dans leur (excellent) livre « Les temps de l’Afrique » Séverino et Ray affirment page 206 que, je cite : « Le Burkina Faso est soumis aux aléas climatiques les plus extrêmes ». Ils affirment aussi que ce pays est « sahélien » alors que 90 % de son territoire est en savane et non dans le sahel…

Parler d’aléa climatique est une tautologie car tous les climats du monde sont aléatoires. Dire que le Burkina serait soumis à des aléas climatiques « les plus extrêmes » est exact, mais avec de faibles ou très faibles probabilités d’occurrence. Oui, il peut survenir une année décennale sèche, ou même deux années décennales de sèches de suite (cette séquence a une probabilité très faible) ou même une année centennale sèche. Par définition il y en a une tous les cent ans en moyenne….
Mais tout cela est normal. Dans le double sens du mot normal, au risque de me répéter. Avec un écart type de 150 mm autour d’une moyenne de 750 mm, la pluviométrie à Ouagadougou est plutôt rassurante et régulière (voir histogramme page 3) !
Le Burkina n’est pas plus soumis aux « aléas climatiques extrêmes » que tous ses voisins de la sous-région Afrique de l’ouest, en savane. C’est la raison pour laquelle, en zone de savane (pluviométrie moyenne comprise entre 500 mm et 1 500 mm), l’agriculture pluviale marche bien, bon an mal an. Le Burkina produit 4 à 5 millions de tonnes de mil et sorgho, en cultures pluviales, ce qui suffit largement à sa consommation.
Les 250 000 tonnes de riz irrigué dont le production n’est pas vulnérable aux variations de la pluviométrie viennent donner une bonne garantie en cas d’années sèches. Cette culture est en pleine expansion (Samandéni, Soum, barrage de Bagré) et devrait passer le cap des 500 000 tonnes sous cinq à dix ans.

Au Sahel, c’est autre chose. Normalement l’agriculture y est impossible. C’est l’élevage qui fait la richesse du Sahel. Une activité peu vulnérable aux variations de pluviométrie. Avec des pluies variants du sud au nord de 500 mm à 50 mm, l’agriculture n’est pas possible. Si elle est tentée, elle peut donner mil ou arachide les bonnes années (humides). Mais le risque que la récolte soit nulle est élevé, si l’année est sèche.

On rend un mauvais service en accablant le Burkina de fausses fatalités, alimentant le « compassionnel » ! Les faits sont têtus et ils sont beaucoup plus favorables au Burkina qu’on veut bien le dire ou l’écrire ici ou là ! Non, les sols ne sont pas « pauvres » ! Non, ils ne sont pas « fragiles ». Non, l’érosion au Burkina n’est pas un problème : elle est très faible à nulle, car c’est un des pays les plus plats du monde. Non, le Burkina n’est pas frappé par des « aléas climatiques les plus extrêmes ». Non, l’enclavement du pays n’apparaît pas comme un facteur discriminant pesant très lourd pour le développement économique de ce pays….

Et si, après analyse objective et après réfutation de la « litanie » et les idées reçues véhiculée par les médias, on expliquait la « success story » du Burkina par ses potentialités réelles ? Va-t-on un jour sortir des clichés issus des famines des années 70 ou 80 ? De l’image du petit noir mourant de faim ou de soif à coté du cadavre d’une vache ou d’un chameau ? Et si le meilleur service que nous pourrions rendre à nos amis africains était de les aider à prendre conscience des bonnes potentialités de leur pays, plutôt que leur envoyer une immense négative et fausse de handicaps inexistants ou exagérés ?



Pluviométrie à Ouagadougou depuis 1970


Figure 2 : Variations des précipitations annuelles / Station de Ouagadougou (1970-2002)

Commentaires
1 - Les années 1972 et 1976 ont été exceptionnellement humides. Comme 2003 et 2009, qui n’apparaissent pas (encore) sur ce tableau….
2 – La pluviométrie n’est jamais descendue en dessous de 500 mm.
3 - Elle a « flirté » avec les 600 mm pendant quatre années sur les 32 années de la série. La tranche 600 mm – 800 mm est la plus fréquente avec 24 occurrences sur 32.
4 – L’observation de cet histogramme confirme le caractère parfaitement « gaussien » de la pluviométrie à Ouagadougou.
5 – On ne peut tirer aucune conclusion sur une éventuelle baisse structurelle de la pluviométrie à partir de cette série statistique.

Henri VORON
2 avril 2010



pj


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